jeudi 17 mars 2005

Mô hantoshi desu – bilan

Six mois passés au Japon, il est temps de voir où nous en sommes, ce qui a changé et ce qui est pareil.
Ce qui a changé : les cheveux ont poussé, ma collection de pingouins s'est enrichie, j'ai acheté plein de livres, surtout en anglais et japonais (maintenant il faut que je les lise...).
Ce qui est pareil : je suis toujours de mauvaise humeur quand le réveil sonne, je dors toujours en classe (j'espère un changement au semestre prochain), je sais toujours pas faire à manger. Même pas un œuf au plat.

Trêve de plaisanteries et passons aux choses sérieuses. Comment je me sens ? A vrai dire, bizarre. D'un côté, je me suis tellement faite à ma vie Kyotoite que je n'envisage de quitter cette ville qu'avec beaucoup de regrets (j'en fais des cauchemars la nuit, dans lesquels je suis rentrée en France et je pleure en pensant à ma chambre à Kaikan). D'autre part, tous mes amis et ma famille me manquent beaucoup plus que je ne l'aurais imaginé. Je suis prise de pulsions de passage de coups de fil intempestifs de plusieurs heures afin d'entendre la voix des êtres chers, et les entendre me raconter leur vie. Je modère en essayant un usage abusif du papier à lettre qui ne donne pas grand-chose pour le moment.

Et puis je me sens minable, à cause de mon anglais tout d'abord, qui fait vraiment pitié (je passe mon temps à faire répéter, je perds mes mots, c'est dramatique). Et ensuite à cause de mon japonais, encore pire, qui fait qu'au bout de six mois passé ici je ne suis même pas fichue de comprendre quand on m'explique que ma bourse arrivera en retard, ou quand on me détaille l'explication de pourquoi le micro-ondes ne marche plus (cela dit, j'ai quand même compris cette dernière : il ne faut pas faire fonctionner les deux micro-ondes en même temps). Et quand je veux répondre, je ne trouve pas mes mots. Ou alors je confonds.
Donc autant le dire franchement, ce séjour n'est en rien bénéfique à ma confiance en moi.

Concernant les relations humaines, c'est très étrange. Tout d'abord, de nature plutôt asociale, je n'avais aucune intention de me faire des amis, je n'étais pas là pour ça. Et pourtant je me retrouve maintenant avec des gens que je n'ai aucune envie de quitter, et quand nous en parlons c'est avec beaucoup de tristesse. Reste l'espoir que les liens réussiront l'épreuve de la distance. Ensuite, je promets que je suis partie au Japon sans aucun préjugé sur aucune nation que ce soit, sauf peut-être les américains. Et bien, il est temps de rétablir la vérité : les Chinois sont des paysans, qui n'ont pas la notion de propreté (la grosse mèche de cheveux dans la douche, les falques d'huile à côté des cuisinières, bww !!). Les Thaïs ne sont guère mieux : ils ne font pas la vaisselle. Une de mes voisines ne lave jamais sa poêle à frire (beurk). Concernant les autres peuplades d'Asie, et bien... Je ne voudrais pas être injuste envers le Bengladesh, dans la mesure où je ne côtoie qu'un seul de ses représentants. Je me bornerai donc à dire qu'il fait un très mauvais ambassadeur pour son pays. Il est dégoûtant. Pour vous donner une idée, sa façon de saluer consiste à lâcher un énorme rot sonore et vibrant. Sympathique... Et concernant les occidentaux, ce sont des gros consommateurs de bières (mais vous le saviez déjà). Bien sûr j'oubliais les indigènes, qui sont égaux à eux-mêmes. C'est-à-dire intrigués par des étrangers. Mais très serviables : je n'ai encore jamais essuyé de rebuffade en demandant mon chemin ou un renseignement, et bizarrement la plupart d'entre eux me répondent en japonais.

Sinon une chose n'a pas changé : je stresse. Terriblement. En ce moment, mon angoisse concerne ma vie active (en d'autres termes, il va falloir retrouver du travail), mon logement (il va falloir trouver un appart), et la fac (il va falloir la payer, avec quoi ? je n'ai pas travaillé cette année). C'est pas gagné.

En plus du paiement de mes droits d'inscription, une autre chose me chiffonne pour l'année à venir : que faire ? Je veux dire, je sais que je vais faire du japonais (99% de chances...), mais et après ? Je n'ai toujours pas défini mon domaine d'études, et il serait grand temps. Les professeurs de Lyon 3 me disent que j'en déciderai l'an prochain, mais je ne suis pas sûre que ce soit si simple : où trouverai-je du matériel ?
Au début je pensais que le plus simple serait d'aller faire de la grammaire ailleurs, mais Lyon 3 n'a pas l'air décidée à me laisser partir. Pas que je sois si brillante qu'ils ne peuvent se passer de mon prestige, mais enfin je suis quand même une contribution financière indéniable : le nombre d'élèves dans une section augmente d'autant les crédits alloués. Donc chacun me vend sa marchandise. On me fait toutefois remarquer avec justesse que beaucoup d'auteurs japonaises attendent un commentaire. Mais la littérature présente deux inconvénients majeurs : le premier est qu'il faut lire l'œuvre intégrale de l'auteur (il y en a qui sont très prolifiques), ainsi que parvenir à une connaissance impeccable des tenants et aboutissants de son œuvre (à savoir contexte littéraire (logique), historique, social...). Le deuxième, c'est qu'il faut lire l'œuvre intégrale... en japonais. Quand je vois le temps qu'il me faut pour déchiffrer trois pages de "La Petite Princesse" en japonais, je me dis que c'est pas gagné non plus. Donc, je ne sais pas quoi faire de mes études, si ce n'est que je rêve toujours de rejoindre l'équipe de recherche de Lyon 3. La question est : pour chercher quoi ?

Enfin, le détail le plus amusant pour vous : mon français a beaucoup souffert de ce voyage à l'étranger. Tout d'abord je ne connais plus l'orthographe (merci au correcteur de Word), ensuite je mélange les trois langues en permanence (français anglais japonais). Ce qui donne :
Aurore : C'est un problème de translation.
Stéphane : Non, en français on dit "traduction".
Aurore : … Ah oui, zut !

J'en connais qui vont bien se marrer à mon retour...

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Si tu perds des mots en Français c'est normal: comme moi pour mes concours, tu as dû faire de la place dans ton cerveau pour enregistrer tous les nouveaux trucs que tu as appris! Mais t'inquiète, ça reviendra (comme le vélo)! Et puis même les Français de France mélangent les langues; la preuve, vue dans le Carrefour de la Part-Dieu: "translator" écrit pour "escalier mécanique". ça fait pitié, non?

Tu n'es pas la première à dire que les Chinois sont des porcs... En fait on ne doit pas avoir la même notion des convenances et de la propreté... (ça doit être ça, oui...)

Au risque de te choquer, pendant longtemps les poêles à frire faisaient partie des ustensiles de cuisine qui ne se lavaient pas. En effet, autrefois, quand Téfal n'existait pas, il fallait que la poêle reste toujours un peu grasse pour que les aliments n'attachent pas (et d'ailleurs les premiers trucs que tu faisais cuire dans une poêle neuve étaient toujours ratés!) et puis monsieur Téfal est arrivé, tel Zorro, avec son super revêtement anti-adhésif, et laver une poêle ne posa plus de problème. Mais par exemple les moules à Kugelhopf ne se lavent jamais sous peine de foirer à chaque fois! Notre ami a dû garder cette coutûme un peu spéciale...

Sarali a dit…

Tout d'abord, le coup du velo c'est n'importe quoi, parce que la derniere fois que je suis montee sur un velo,je n'ai jamais reussi a faire aller cette chose droit devant, et j'ai failli me faire emplafonner par une voiture . L'experience a dure trois minutes. Donc le velo, ca s'oublie.
En ce qui concerne les poeles a frire, je ne savais pas qu'on ne les lavait jamais, mais je suppose qu'il y a une difference entre laisser un voile de graisse sur la poele, et la laisser pleine de vegetaline. De plus, elle s'en est servie pour prearer ses pates (je veux dire la premiere etape : dans l'eau bouillante). Donc je ne pense pas que la laisser aussi... sale etait reellement necessaire.
En tous cas, beurk !

Anonyme a dit…

Hello
le syndrôme Jean Claude Vandamme a encore frappé ! Sympa cette page web, j'ai cliqué sur le lien via Mangajima. Bon, en fait, en reconstituant le fil, tu étais Myung que j'avais "reconnu" sur le blog de Shinjin ;op. J'ai des amis français qui oublient leur propre langue maternelle à force de ne plus la parler ! ça fait bizarre, mais bon, tu n'es pas depuis assez longtemps au Japon pour ne plus savoir parler français du tout !
Bon courage pour la suite ^_^.

Anonyme a dit…

Euh, ben peut-être que le vélo ça marche pas toujours, ou peut-être qui tu n'es pas très douée sur le plan moteur, ou alors peut-être n'y es-tu pas arrivée parce que l'avant-dernière fois que tu en a fait l'engin était équipé de petites roulette ;p! Mais en tout cas ta langue maternelle tu ne l'oublie jamais, même quand tu crois l'avoir oubliée! (vu: le cas d'une femme d'origine Italienne qui ne parlait plus que le français, et qui, lorsqu'elle a perdu la boule a du même coup retrouvé sa langue maternelle!) Enfin, on aquiert toujours plus facilement ce qu'on a déjà eu!

Sarali a dit…

Noodle>En effet, mon ancien pseudo sur le net etait bien Myung, mais on se lasse de tout, les pseudonymes comme le reste :) De quel lien parles-tu sur Mangajima ?
Ca fait plaisir de voir que tu apprecies ma page :) C'est sur que je ne m'inquiete pas trop pour mon niveau de francais a mon retou7r, mais vu que je reprends toujours tout le monde quand j'entends une faute de francais, j'en connais qui vont se faire plaisir pendant quelques semaines...