Il y a trois semaines, j'avais un exposé à faire. Le prof (M. G. pour ne pas le nommer) avait dit à toute la classe "vous me ferez un exposé pour le (date en fonction de l'élève), sujet au choix".
Comme j'aime bien les ennuis, j'avais d'abord voulu faire un truc sur l'art contemporain japonais. Mais les seules sources que j'ai pu trouver (internet mis à part) se résumaient à dix pages hérmétiques à ma compréhension dans un traité sur le mouvement Dada. Comme je suis persistante, j'ai choisi le thème des
femmes de réconfort.
Pendant deux semaines, je me suis enquillée une pléthore d'histoire toutes plus glauques et abominables les unes que les autres sur la façon dont ces pauvres femmes avaient été violées, maltraitées, massacrées pendant des années, et j'en était ressortie avec une pile d'informations, un estomac en forme de corde à noeuds après usage et un entourage complètement dégouté (un toast à MadHatter, d'ailleurs, qui a bien souffert le pauvre, et que je remercie ici de m'avoir supportée pendant ces deux semaines). Forte de ma pile d'informations que j'ai compilées soigneusement, j'ai pondu quelque chose qui m'a semblé sur le moment proche de la perfection.
Autant le dire tout de suite, ça n'a pas duré.
Je crois en effet que je suis la seule à avoir eu cette opinion de mon travail. Le prof, lui, n'a pas aimé, et me l'a fait savoir, en des termes pas toujours polis, je trouve. Il s'est fendu d'un magnifique syllogisme (je pense avoir le droit de citer, ha ha !) : "vous nous avez fait une énonciation de faits journalistiques, et les énonciations de faits journalistiques c'est chiant au possible". Comprendre : ce que vous avez fait est chiant au possible. Mes hypothèses étaient "fantaisiste et capillotractées". Quand j'ai voulu m'expliquer à ce sujet (ce n'étaient pas les miennes mais celles d'éminents spécialistes de la question), je me suis faite accuser de plagiat. Ne parlons pas de ma problématique, qui était, elle, absente. Ca, c'était vrai. Mais alors pourquoi ne l'avoir fait remarqué qu'à moi et pas à la demoiselle qui m'a suivie, avec un exposé sur la musique certes brillant mais néanmoins dépourvu de problématique* ? Ceci affirmé bien sûr en hurlant et avec un manque de tact à faire tomber une armoire normande. J'ai bien sûr tâché d'accuser le coup aussi dignement que possible et sans gêner personne (comprendre : sans pleurer tout de suite) et j'ai passé une très mauvaise soirée.
J'avais pas très envie d'aller en cours le lendemain comme vous vous en doutez, même sans la perspective de croiser "l'odieux personnage". J'ai pourtant pris sur moi et bien m'en a pris car mes camarades, bien loin de me dénigrer, ont été pleins de paroles rassurantes et gentilles. Top Five:
1) Ce n'est qu'un exposé. Tu auras d'autres chances.
2) Il était dans un mauvais jour.
3) A ta place, je n'aurais pas pu tenir sans pleurer!
4) Il n'est pas connu pour son sens de la diplomatie.
5) Moi je l'ai trouvé bien ton exposé !
On m'a aussi argué les hypothèses les plus folles :
. C'est parce qu'il t'aime bien (genre !)
. C'est une façon de te stimuler (ça n'a pas marché)
Une de mes profs (Mme D.) m'a également très gentimment conseillée (elle m'avait prété un mémoire pour mon exposé) et rassurée, me disant que non, ce n'était pas la fin du monde, encore moins celle de mes études en recherche, oui, j'aurais d'autres occasions de "prouver ma valeur", oui il devait être particulièrement de mauvaise humeur ce jour-là.
Un mal pour un bien. Et je sais que je travaillerai avec elle, et pas avec lui.
*Pour ne pas que vous vous posiez la question trop longtemps, je vous donne la réponse : parce que c'est une bonne élève.