Il y a maintenant un mois, j'ai eu l'honneur d'assister à une cérémonie du thé. Je dis honneur, parce qu'il n'est pas donné à tout le monde de compter ce raffinement parmi ses premières expériences japonaises.
Je regrette de ne pouvoir ici proposer qu'une description très froide de ce que j'ai vu et fait, mais après avoir retourné le problème dans tous les sens, je ne vois pas comment faire autrement v_v
Tout d'abord, un peu d'histoire et d'explications:
La cérémonie du thé (ou sadô en japonais) est un rituel japonais qui accompagne la consommation du thé, codifié à partir du XVème siècle dans l'esprit du bouddhisme zen, sous le shogunat de Toyotomi Hideyoshi (1536 – 1598), guerrier cultivé (seul shogun à s'être intéressé à la culture). Cette cérémonie peut se dérouler suivant deux modes de récéption bien distincts, l'un correspondant à la cérémonie du "thé léger", l'autre à la cérémonie du "thé fort". Les rites qui accompagnent cette dernière obéissent à des règles bcp plus strictes et complexes que celles commandées par le cérémonial du thé léger.
La cérémonie à laquelle j'ai participé était celle du thé léger (ce qui m'épargna trois longues heures à passer assise dans une position très inconfortable et douloureuse).
Le maître du thé qui nous recevait ce jour était une amie de notre professeur. Elle était vêtue d'un kimono d'automne vert pâle, et son obi bleu marine était couvert de motifs de feuilles d'érable blancs. Avant la cérémonie, elle nous offrit des pâtisseries, destinées à rehausser le goût du thé, dans des bols qui évoquent la saison.
La cérémonie se déroule dans une pièce appelée salle du thé. Le sol est en tatami et la pièce comporte un tokonoma, alcôve dans laquelle on place une calligraphie et un arrangement floral qui évoquent la saison.
On passe par le jardin pour entrer dans la salle du thé, par une toute petite ouverture dans le mur qui ne permet d'entrer que courbé, en signe d'humilité (en raison de notre trop grande taille, MadHatter et moi-même avons du passer par la porte normale ^^; ). Dans le jardin, les invités puisent à l'aide d'une louche en bois un peu d'eau contenue au creux d'une pierre pour se laver les mains et se rincer la bouche en signe de purification.
Le maître du thé commence par apporter tous les ustensiles (elle entre dans la salle du thé à pas lents). A son entrée dans la pièce, on la salue, et on salue les autres en s’inclinant. Il paraît que je fais ça comme une japonaise et que ça mériterai une photo. La prof en était morte de rire (sigh).
Avec la serviette orange, le maître du thé essuie la spatule, puis ouvre le bol d'eau chaude et pose la louche sur son rebord. Puis, elle prend le bol, le rince à l'aide de la louche et verse l'eau "sale" dans le pot prévu à cet effet. Elle verse de l'eau dans le bol, puis le thé, les mélange et tourne deux fois le bol vers la gauche dans sa main. Enfin, elle pose le bol à terre, qui passe de main en main jusqu'à celui à qui il est destiné (chacun boit à tour de rôle).
Lorsqu'on a le bol devant soi, il faut "s'excuser" auprès du suivant de boire avant lui en disant "osaki ni itadakimasu". On prend le bol à deux main : le bol est dans la main gauche et on le tient avec la main droite. On tourne deux fois le bol dans le sens des aiguilles d'une montre, et on boit le thé (ma cha mousseux au goût amer, mais délicieux et beaucoup moins fort que le thé habituellement servi au Japon) en gardant les mains dans la même position. On repose le bol, et on remercie : "gochi sô sama deshita".
La cérémonie se termine lorsque le dernier invité a bu et que le maître a remporté les ustensiles. Pour sortir de la pièce, on emprunte une porte classique.
Même si elle n’a pas duré longtemps , la cérémonie du thé léger m’a apporté beaucoup de quiètude.
Malheureusement, ces explications très froides ne peuvent rendre le sentiment de sérénité qui vous pénètre pendant cette cérémonie, car les gestes sont très lents, les invités parlent à voix basse, et la pièce elle-même inspire un grand apaisement. C'est pourquoi j'ai été vraiment très heureuse de pouvoir prendre part à ce rituel, outre le fait de toucher ce qui me semble un monument de la culture japonaise.

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